Carrière en audit10 min23 octobre 2026

Auditeur de durabilité : le nouveau métier né de la CSRD

La CSRD a créé une mission de certification des informations de durabilité confiée aux commissaires aux comptes et aux organismes tiers indépendants : ce que fait cet auditeur, les compétences attendues et comment s’y positionner.

Par Équipe AuditCV

Pendant des années, l’information extra-financière des entreprises a été vérifiée de façon assez légère, à travers la déclaration de performance extra-financière. La directive européenne sur la publication d’informations en matière de durabilité, la CSRD, a changé l’échelle : les entreprises concernées publient désormais un rapport de durabilité structuré selon des normes européennes, et ce rapport doit être certifié par un professionnel inscrit sur une liste tenue par la Haute Autorité de l’audit. Un nouveau métier s’est ainsi installé dans les cabinets, entre l’audit financier, les données environnementales et sociales et le conseil. Cet article explique ce qui a changé, qui peut exercer cette mission, ce qu’elle contient concrètement et comment un junior peut s’y positionner.

Ce que la CSRD a changé pour les cabinets d’audit

La directive (UE) 2022/2464, dite CSRD, a été transposée en droit français par l’ordonnance du 6 décembre 2023. Le rapport au Président de la République qui accompagne l’ordonnance résume le changement : le rapport de durabilité remplace la déclaration de performance extra-financière et prend place dans une section distincte du rapport de gestion.

Trois changements comptent pour les cabinets :

  • un référentiel commun : les informations sont établies selon les normes européennes d’information en matière de durabilité (ESRS), qui couvrent l’environnement (climat, pollution, eau, biodiversité, économie circulaire), le social (effectifs propres, travailleurs de la chaîne de valeur, communautés, consommateurs) et la gouvernance ;
  • une analyse de double matérialité : l’entreprise identifie à la fois les enjeux qui ont un impact sur elle et ceux sur lesquels elle a un impact, et ne publie que ce qui est matériel ;
  • une certification obligatoire : un commissaire aux comptes ou un organisme tiers indépendant émet un avis, sur la base d’une mission d’assurance limitée, dans un rapport de certification.

Le calendrier d’application a été échelonné selon la taille des entreprises, puis décalé de deux ans pour une partie d’entre elles par une directive européenne de 2025 dite « stop-the-clock », transposée en France la même année. Les premières entreprises concernées publient déjà ; les suivantes entreront dans le dispositif plus tard. Pour un candidat, cela signifie que le métier est réel dès aujourd’hui, mais que son volume dépendra de l’évolution du calendrier : vérifiez les textes en vigueur au moment où vous lisez ces lignes.

Commissaires aux comptes et organismes tiers indépendants

L’ordonnance a fait du H3C la Haute Autorité de l’audit (H2A), chargée notamment de superviser les professionnels qui certifient les informations de durabilité. Selon la foire aux questions publiée par la H2A, deux catégories de professionnels peuvent exercer la mission, à condition d’être inscrits sur des listes spécifiques :

  • les commissaires aux comptes, inscrits sur la liste principale et ensuite sur la liste des « commissaires aux comptes habilités à certifier les informations en matière de durabilité » ;
  • les associés, dirigeants ou salariés d’un organisme tiers indépendant (OTI), inscrits sur la « liste des auditeurs de durabilité », à condition que l’OTI soit accrédité par le Comité français d’accréditation (COFRAC).

Les conditions d’inscription diffèrent selon la date. Les professionnels déjà inscrits ou accrédités avant 2026 ont pu bénéficier d’un régime transitoire, sous réserve d’avoir suivi des formations homologuées par la H2A totalisant au moins quatre-vingt-dix heures. Pour les nouveaux entrants, la FAQ mentionne un stage professionnel d’au moins huit mois et une épreuve spécifique sur la certification des informations de durabilité.

Concrètement, le « métier » d’auditeur de durabilité recouvre deux réalités :

  • le signataire, inscrit sur l’une des listes, qui engage sa responsabilité sur l’avis émis ;
  • les équipes, composées d’auditeurs financiers formés à la durabilité, de spécialistes de l’environnement, du climat ou des données sociales, et parfois d’ingénieurs, qui réalisent les travaux.

Un junior rejoint d’abord la seconde catégorie.

Le contenu d’une mission de certification de durabilité

Une mission d’assurance limitée vise à conclure qu’aucun élément n’a été relevé qui remettrait en cause la conformité des informations aux exigences applicables. Elle est moins approfondie qu’un audit des comptes, qui vise une assurance raisonnable, mais elle suit une démarche comparable. Dans l’attente d’une norme européenne d’assurance limitée, la H2A a publié des lignes directrices qui décrivent les travaux attendus.

En pratique, les travaux portent sur plusieurs points :

  • le processus de double matérialité : comment l’entreprise a identifié ses impacts, risques et opportunités, avec quelles parties prenantes, et si la démarche est documentée ;
  • la conformité aux ESRS : la présence des informations requises pour les enjeux jugés matériels, et leur cohérence avec les normes ;
  • les indicateurs : émissions de gaz à effet de serre, consommations d’énergie et d’eau, effectifs, accidents du travail, écarts de rémunération ; tests sur les données sources, rapprochements, revue des méthodes de calcul ;
  • les informations de la taxonomie européenne : part du chiffre d’affaires, des dépenses d’investissement et d’exploitation alignées ;
  • la cohérence avec les états financiers : provisions environnementales, dépréciations liées au climat, informations sur les plans de transition.

La difficulté tient à la nature des données : elles viennent souvent de systèmes hors comptabilité (gestion de l’énergie, ressources humaines, achats), avec des contrôles internes moins matures que ceux de la chaîne comptable.

Compétences attendues : audit, données extra-financières, normes ESRS

Les cabinets recherchent des profils capables de combiner trois blocs de compétences.

La démarche d’audit. Approche par les risques, échantillonnage, documentation des travaux, scepticisme professionnel : c’est ce qui distingue un auditeur de durabilité d’un consultant RSE. Les auditeurs financiers qui se forment à la durabilité sont donc très recherchés.

La connaissance des données extra-financières. Bilan des émissions de gaz à effet de serre et ses trois périmètres, indicateurs sociaux, données de la chaîne d’approvisionnement : savoir d’où vient un chiffre et comment il se calcule est indispensable pour le tester.

La maîtrise des référentiels. Les ESRS, la taxonomie européenne et les lignes directrices de la H2A forment le cadre de la mission ; une familiarité avec les référentiels internationaux (GHG Protocol, normes de l’ISSB) est un plus.

S’y ajoutent des compétences transverses : aisance avec les tableurs et les outils d’analyse de données, capacité à échanger avec des interlocuteurs non financiers (directeurs d’usine, responsables RH, acheteurs), rédaction claire.

Formations et parcours pour s’y spécialiser

Plusieurs chemins mènent à ce métier.

Depuis l’audit financier. C’est le parcours le plus naturel : un auditeur de quelques années suit les formations internes de son cabinet sur la durabilité, rejoint des missions de certification et se spécialise progressivement. Les cabinets organisent souvent des équipes mixtes, ce qui facilite la transition.

Depuis un cursus spécialisé. Des masters en développement durable, en finance durable ou en ingénierie environnementale, complétés par des bases solides en comptabilité et en audit, permettent d’entrer dans les équipes de durabilité des cabinets ou des organismes tiers indépendants.

Depuis la filière expertise comptable. Les futurs commissaires aux comptes peuvent intégrer la durabilité dès leur stage, en rejoignant des missions de certification, et viser à terme l’inscription sur la liste des commissaires aux comptes habilités. Notre article sur ce qui distingue l’expert-comptable du commissaire aux comptes rappelle le parcours vers la signature.

Depuis le conseil. Des consultants qui accompagnent les entreprises dans leur premier rapport de durabilité passent parfois du côté de l’assurance ; l’inverse est fréquent aussi. Les deux métiers coexistent dans les grands cabinets, et l’article sur l’advisory dans un Big Four, ses missions et ses trajectoires 🔗 décrit le versant conseil de ces organisations. Attention toutefois aux règles d’indépendance : un cabinet ne peut pas certifier un rapport qu’il a aidé à construire.

Notre panorama des cabinets d’audit hors Big Four aide à repérer les cabinets qui développent cette activité, souvent en région aussi.

Valoriser une expérience RSE sur un CV d’audit

Pour un candidat, l’enjeu est de montrer à la fois une rigueur d’auditeur et une compréhension des données de durabilité.

Dans l’accroche, nommez le métier visé et votre double compétence :

  • Avant : « Auditeur junior passionné par le développement durable. »
  • Après : « Auditeur financier (deux ans, groupes industriels), formé aux ESRS et à la taxonomie européenne, à la recherche d’un poste dans une équipe de certification des informations de durabilité. »

Dans les expériences, décrivez les travaux de durabilité comme des travaux d’audit : quel indicateur, quel périmètre, quels tests. Par exemple : « Tests des données d’émissions de gaz à effet de serre des périmètres un et deux de 6 sites industriels : rapprochement avec les factures d’énergie, revue des facteurs d’émission, documentation des écarts. »

Dans les compétences, séparez les référentiels (ESRS, taxonomie, GHG Protocol), les techniques (double matérialité, assurance limitée, tests sur données extra-financières) et les outils.

Une expérience associative ou un stage en direction RSE peuvent compter, s’ils sont décrits avec la même précision. L’exemple de CV de commissaire aux comptes associé montre comment une offre de durabilité apparaît sur un profil senior, et l’exemple de CV d’auditeur IT illustre une autre spécialité adossée à l’audit financier. Pour construire le vôtre, l’éditeur de CV gère la mise en page et produit un PDF lisible par les logiciels de tri des cabinets, qui filtrent souvent sur des termes comme ESRS ou double matérialité.

Sources

Questions fréquentes

Faut-il être commissaire aux comptes pour devenir auditeur de durabilité ?

Pour signer, il faut être commissaire aux comptes habilité ou faire partie d’un organisme tiers indépendant accrédité et être inscrit sur la liste des auditeurs de durabilité. Pour travailler dans les équipes, aucune inscription n’est nécessaire.

Un profil sans formation comptable peut-il entrer dans ce métier ?

Oui, notamment avec un parcours d’ingénieur ou de spécialiste de l’environnement, dans les équipes d’experts. Une base en audit et en comptabilité reste toutefois un atout pour évoluer.

La mission de certification de durabilité est-elle un audit ?

C’est une mission d’assurance limitée, moins étendue qu’un audit des comptes, mais elle suit une démarche comparable : analyse des risques, tests, documentation et rapport.

Le métier va-t-il durer malgré les reports de calendrier ?

Les reports décalent l’entrée de certaines entreprises dans le dispositif, mais les premières entreprises concernées publient et font certifier leurs informations. Le métier existe, son volume dépendra de l’évolution des textes.

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