Entre le DSCG et le diplôme d’expertise comptable, il y a trois années de pratique encadrée que beaucoup d’étudiants découvrent au moment de signer leur premier contrat : le stage d’expertise comptable. Ce n’est pas un stage au sens étudiant du terme. L’expert-comptable stagiaire est un salarié de cabinet, inscrit auprès de l’Ordre, suivi par un maître de stage et un contrôleur de stage, avec des formations et des rapports à rendre. Cet article déroule les étapes à partir des textes de l’Ordre et du décret qui organise la profession, puis répond aux questions pratiques : changer de cabinet, partir à l’étranger, travailler dans un grand réseau d’audit, et présenter tout cela sur un CV.
Les conditions pour s’inscrire comme expert-comptable stagiaire
Le stage est régi par le décret du 30 mars 2012 relatif à l’exercice de l’activité d’expertise comptable et par le règlement du stage que publie l’Ordre. Le point de départ est simple : il faut être titulaire du DSCG (ou de l’ancien DESCF). L’Ordre admet aussi qu’un candidat commence son stage avec au moins quatre des sept unités du DSCG, à condition d’obtenir les unités manquantes pendant les deux premières années ; à défaut, le stage peut être suspendu.
L’inscription se fait auprès du conseil régional de l’Ordre du lieu où le stage est accompli. Le candidat dépose un dossier, le cabinet d’accueil désigne un maître de stage, et le stagiaire est inscrit au tableau en qualité d’expert-comptable stagiaire, avec une cotisation annuelle.
Trois points sont souvent mal compris :
- le statut est celui d’un salarié de droit commun. Le guide du stage publié par l’Ordre précise que le stagiaire ne peut être ni alternant, ni associé, ni auto-entrepreneur. Une alternance de master se termine donc avant le début du stage ;
- le temps complet s’entend à partir de vingt-huit heures par semaine, une durée minimale volontairement inférieure à la durée légale pour laisser le temps de suivre les formations et de préparer les épreuves. Dans les cabinets, la plupart des stagiaires travaillent en réalité à temps plein ;
- la durée de droit commun est de trois ans, mais le conseil régional peut accorder une réduction d’une année à un candidat titulaire du DSCG qui justifie d’au moins trois ans d’expérience récente dans les domaines comptable, juridique, financier ou de gestion.
Le rôle du maître de stage et du contrôleur de stage
Deux personnes encadrent le stagiaire, et leurs rôles ne se confondent pas.
Le maître de stage est un expert-comptable inscrit au tableau, agréé par le conseil régional pour recevoir des stagiaires. Il est l’employeur, ou son représentant dans le cabinet. Il confie au stagiaire des travaux variés, veille à ce qu’ils couvrent les différentes facettes du métier, lui laisse le temps de suivre les formations obligatoires et vise ses rapports. Dans un grand cabinet, le maître de stage est souvent un associé qui délègue le suivi quotidien à un manager.
Le contrôleur de stage est un professionnel désigné par le conseil régional, extérieur au cabinet. Il anime une partie des journées de formation, lit les rapports semestriels, rencontre le stagiaire et vérifie que le stage se déroule dans de bonnes conditions. Il rédige un compte rendu annuel transmis au conseil régional. C’est à lui qu’un stagiaire peut s’adresser si les travaux confiés ne correspondent pas à ce qu’exige le stage.
Cette double tutelle est une protection : un cabinet qui ne confierait que de la saisie à son stagiaire pendant trois ans serait rappelé à l’ordre.
Rapports semestriels et journées de formation
Le stage combine une pratique professionnelle et un programme de formation obligatoire, organisé par les instituts régionaux de formation de la profession.
Les journées de formation
Les actions de formation portent sur les missions de l’expert-comptable, les missions légales du commissaire aux comptes, le management du cabinet, la déontologie et la méthodologie des épreuves du DEC. La plupart combinent un module en ligne à suivre en amont et une journée en présentiel, suivies d’un test de validation. Certaines journées se font uniquement en présentiel, comme une journée annuelle consacrée aux techniques d’audit et une journée sur la lutte contre le blanchiment en deuxième année. Une absence non justifiée à une journée obligatoire peut retarder la délivrance de l’attestation de fin de stage.
Les rapports semestriels
À partir de la deuxième année, le stagiaire rédige des rapports semestriels, visés par son maître de stage puis transmis au contrôleur de stage. Le guide du stage précise qu’ils doivent illustrer la variété des missions : au moins deux portent sur une mission d’expertise comptable ou de conseil, un porte sur une mission de commissariat aux comptes si le stagiaire veut faire valider ce volet, et un porte sur le projet de plan et de notice du mémoire.
Ces rapports ne sont pas une formalité. Ils obligent à prendre du recul sur une mission, à en décrire les enjeux et les choix techniques, ce qui prépare directement le mémoire et les épreuves écrites. Les stagiaires qui les rédigent au dernier moment le regrettent souvent au moment de choisir leur sujet de mémoire.
Le stagiaire tient aussi une fiche annuelle des travaux professionnels, qui récapitule la nature des missions réalisées et le temps passé. Elle sert notamment à vérifier le volet commissariat aux comptes.
Le stage à double vocation
Un stagiaire qui veut pouvoir, une fois le DEC obtenu, s’inscrire sur la liste des commissaires aux comptes, doit remplir des conditions supplémentaires : effectuer deux années de son stage auprès d’un maître de stage à la fois expert-comptable et commissaire aux comptes habilité, et y consacrer au moins deux cents heures à des missions de commissariat aux comptes, réparties sur ces deux années. Un diplômé dont le stage ne remplit pas ces conditions devra accomplir deux années supplémentaires de stage de commissaire aux comptes avant de demander son inscription. Le choix se fait donc dès le début du stage, et il mérite d’être discuté avec le maître de stage.
Changer de cabinet ou partir à l’étranger pendant le stage
Changer de cabinet est courant. Le règlement du stage prévoit que le stage peut être accompli successivement chez plusieurs maîtres de stage, voire simultanément à temps partiel chez deux maîtres de stage. Le guide de l’Ordre y voit même une façon d’éviter le « stage monoculture ». La seule exigence est administrative, mais elle compte : le départ et l’arrivée doivent être signalés au service du stage du conseil régional, par courrier recommandé ou courriel avec accusé de réception. Une interruption non signalée peut être traitée comme une suspension, qui entre dans un décompte limité.
Partir à l’étranger est possible. Les trois années peuvent être accomplies dans un autre État membre de l’Union européenne, auprès d’un professionnel qui exerce une profession comparable à celle d’expert-comptable. Hors de l’Union, une partie du stage reste envisageable sous conditions, et le dossier relève alors du conseil régional de Paris Île-de-France.
Une année peut être faite en entreprise. Le décret prévoit une année dérogatoire auprès d’une personne qui permet d’acquérir une expérience proche de l’expertise comptable, par exemple un cadre dirigeant d’une direction comptable ou financière, en France ou à l’étranger, y compris sous statut de volontariat international en entreprise. Le guide recommande de la placer en troisième année, une fois les heures d’audit accomplies.
Faire son stage dans un grand réseau d’audit est tout à fait possible, à condition que le cabinet ait un maître de stage agréé. Le stagiaire y fera majoritairement de l’audit ; il devra veiller à ce que ses rapports couvrent aussi des missions d’expertise ou de conseil, ce qui demande parfois de demander à rejoindre une mission différente pendant quelques semaines.
Mentionner son stage sur un CV
Pour un recruteur de cabinet, qui applique les mêmes critères que ceux décrits dans notre méthode du CV d’audit, le stage d’expertise comptable est une information de premier plan : il dit quand vous pourrez présenter le DEC, quelles missions le cabinet doit vous confier et si vous pourrez un jour signer des mandats d’audit.
Quelques règles de présentation :
- dans l’accroche, indiquez l’année de stage : « expert-comptable stagiaire en deuxième année de stage » se lit en une seconde ;
- dans une rubrique dédiée, donnez le conseil régional d’inscription, la date de début, la durée prévue et, s’il est choisi, le sujet de mémoire envisagé ;
- dans les expériences, distinguez la part d’expertise et la part de commissariat aux comptes, avec des volumes : nombre de dossiers, mandats, types de clients ;
- signalez le stage à double vocation si vous le suivez : un cabinet qui exerce le commissariat aux comptes y sera attentif.
Avant / après :
- Avant : « Stage DEC en cours dans un cabinet d’expertise comptable. »
- Après : « Expert-comptable stagiaire (2e année, inscription auprès du conseil régional de l’Ordre des Pays de la Loire) : révision de 32 dossiers de PME et interventions sur 7 mandats de commissariat aux comptes ; rapports semestriels à jour. »
Notre exemple de CV d’expert-comptable stagiaire montre cette présentation sur un CV complet, et l’article sur les diplômes comptables sur un CV détaille la rubrique formation. Pour comparer les deux professions auxquelles mène le stage, voir aussi ce qui distingue l’expert-comptable du commissaire aux comptes.
Après le stage : la fin du parcours vers le DEC
À la fin des trois ans, le conseil régional apprécie la manière dont le stagiaire s’est acquitté de ses obligations et délivre, ou non, l’attestation de fin de stage. Elle ouvre l’inscription aux épreuves du DEC et reste valable six ans, avec une prorogation possible sous conditions. Au-delà, il faut refaire une année de stage pour en obtenir une nouvelle.
Le DEC comporte deux épreuves écrites (réglementation professionnelle et déontologie, révision légale et contractuelle des comptes) et le mémoire, rédigé puis soutenu devant un jury. L’examen a lieu deux fois par an, en mai et en novembre. Le mémoire est souvent ce qui fait durer le parcours, car il se rédige à côté d’un poste à temps plein ; notre guide sur le mémoire d’expertise comptable aide à l’anticiper dès le stage.
Quand vous changez de cabinet en cours de stage ou à l’issue de celui-ci, l’éditeur de CV vous permet de partir d’une structure adaptée au parcours d’expertise comptable : il gère la mise en page et produit un PDF que les logiciels de tri des cabinets lisent sans erreur.
Sources
- Ordre des experts-comptables, le cursus de l’expertise comptable 🔗.
- Légifrance, décret n° 2012-432 du 30 mars 2012 relatif à l’exercice de l’activité d’expertise comptable 🔗.
- Conseil national de l’Ordre, comité national du stage, le règlement de stage d’expertise comptable, guide d’application 🔗.
- Onisep, le DEC, diplôme d’expertise comptable 🔗.
Questions fréquentes
Peut-on faire son stage d’expertise comptable en alternance ?
Non. Le stagiaire doit être salarié de droit commun du cabinet ; le statut d’alternant n’est pas admis. L’alternance se fait avant, pendant le DCG, le DSCG ou le master.
Le stage peut-il durer deux ans au lieu de trois ?
Oui, si le conseil régional accorde une réduction d’une année à un titulaire du DSCG qui justifie d’au moins trois ans d’expérience récente dans les domaines comptable, juridique, financier ou de gestion. Les obligations de formation et de rapports restent les mêmes.
Que se passe-t-il si l’on change de cabinet sans prévenir l’Ordre ?
L’interruption peut être traitée comme une suspension du stage, avec un risque de retard. Il suffit de signaler le départ et l’arrivée au service du stage pour l’éviter.
Le stage permet-il de devenir commissaire aux comptes ?
Oui, s’il remplit les conditions du stage à double vocation : deux années auprès d’un maître de stage habilité en commissariat aux comptes et au moins deux cents heures de missions d’audit légal.