Dans un grand réseau d’audit, l’entretien suit un processus normé : tests en ligne, entretien avec un recruteur, puis avec un manager et un associé. Dans un cabinet d’expertise comptable indépendant, c’est souvent l’associé qui vous reçoit lui-même, dans son bureau, entre deux rendez-vous de bilan. Il a lu votre CV la veille, connaît chaque ligne et ne cherche qu’une chose : quelqu’un d’autonome à qui confier rapidement une partie de son portefeuille. L’échange est plus direct, plus concret, et il se prépare différemment. Cet article décrit qui vous reçoit, les questions qui reviennent sur votre parcours, sur la technique et sur votre projet, comment défendre votre CV ligne par ligne et les erreurs qui coûtent l’offre.
Qui vous reçoit et ce qu’il cherche
Dans un petit cabinet, l’entretien se fait avec l’expert-comptable associé, parfois accompagné du collaborateur le plus expérimenté ou de la personne qui vous encadrera. Il recrute pour un besoin précis : un départ à remplacer, un portefeuille qui grossit, une compétence qui manque (paie, juridique, audit).
Dans un cabinet régional ou un réseau, un premier échange peut avoir lieu avec une personne chargée des ressources humaines, puis un entretien avec un responsable de bureau, un chef de mission et un associé.
Dans tous les cas, l’associé cherche à vérifier quatre points :
- l’autonomie : sur quels dossiers pourra-t-il vous placer dès la première semaine, avec quel niveau de revue ;
- la fiabilité : tiendrez-vous les échéances fiscales et la qualité des bilans ;
- le contact client : saurez-vous répondre à un dirigeant, expliquer un bilan, rassurer un client inquiet ;
- la durée : resterez-vous, ou partirez-vous après la première période fiscale.
Ce dernier point est souvent sous-estimé par les candidats. Un cabinet qui confie un portefeuille investit du temps ; un associé redoute un départ rapide qui obligerait à tout redistribuer.
Les questions sur votre parcours et vos dossiers
Ce sont les questions les plus nombreuses, et les plus précises.
« Combien de dossiers aviez-vous, et de quel type ? » Répondez avec des chiffres et une typologie : nombre de dossiers, formes juridiques (entreprises individuelles, SARL, SAS, SCI, associations), secteurs, régimes fiscaux, niveau d’intervention (tenue complète, révision, bilan seul).
« Jusqu’où alliez-vous dans un dossier ? » L’associé veut savoir si vous faisiez la saisie, la révision, le bilan, la liasse, le rendez-vous client. Soyez honnête sur la part revue par quelqu’un d’autre.
« Quels logiciels utilisiez-vous ? » Citez les logiciels de production comptable, de paie, de dématérialisation. Si le cabinet utilise un autre logiciel, montrez que vous savez vous adapter.
« Racontez-moi un dossier difficile. » Préparez un exemple concret : un client qui ne fournissait pas ses pièces, une erreur de TVA découverte à la révision, un contrôle fiscal, une situation de trésorerie tendue. Racontez le contexte, ce que vous avez fait et le résultat.
« Pourquoi quitter votre cabinet actuel ? » Une réponse sereine et tournée vers l’avenir : élargir la clientèle, découvrir l’audit, se rapprocher d’une région, poursuivre le DEC dans un cabinet qui l’accompagne. Évitez de critiquer votre employeur actuel.
Les questions techniques de comptabilité et de fiscalité
Beaucoup d’associés posent quelques questions techniques, à l’oral, pour vérifier les bases. Elles portent sur le quotidien du cabinet :
- la TVA : régimes d’imposition, TVA sur les débits et sur les encaissements, autoliquidation, régularisation ;
- l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur le revenu des indépendants : passage du résultat comptable au résultat fiscal, réintégrations et déductions courantes ;
- les écritures d’inventaire : charges à payer, produits constatés d’avance, provisions, dépréciation des créances, variation de stock ;
- les formes juridiques : différence entre SARL et SAS pour le dirigeant, régime social, rémunération et dividendes ;
- la liasse fiscale : les principaux tableaux, les points de contrôle avant dépôt ;
- l’actualité : la généralisation de la facturation électronique, les évolutions récentes de la fiscalité des entreprises.
Certains cabinets donnent un exercice écrit court : une série d’écritures à passer, une déclaration de TVA à contrôler, un bilan à commenter. Notre article sur les tests de recrutement en cabinet comptable détaille les formats, et celui sur les questions de comptabilité en entretien les classiques à réviser.
Parler du DEC et de votre projet
La question du diplôme d’expertise comptable revient presque toujours, sous une forme ou une autre.
« Où en êtes-vous du DSCG ou du DEC ? » Soyez précis : unités obtenues, année de stage, épreuves écrites, sujet de mémoire. Un associé apprécie un calendrier réaliste plus qu’une promesse ambitieuse.
« Comptez-vous faire votre stage chez nous ? » Si oui, dites-le, et montrez que vous connaissez les obligations (formations, rapports semestriels). Si vous avez déjà commencé ailleurs, expliquez que le stage peut se poursuivre chez un autre maître de stage, à condition de prévenir l’Ordre : notre article sur le stage d’expertise comptable du DEC détaille les règles.
« Où vous voyez-vous dans cinq ans ? » Un associé qui cherche à fidéliser entend volontiers : chef de mission, expert-comptable diplômé, éventuellement associé un jour. Si votre projet est l’entreprise ou l’audit, il vaut mieux le dire et montrer ce que vous apporterez pendant les années passées au cabinet.
« Que pensez-vous de l’évolution du métier ? » C’est une question ouverte sur la dématérialisation, l’automatisation de la saisie et le développement du conseil. Montrez que vous voyez l’évolution comme une occasion de faire davantage de révision et de conseil.
Défendre son CV point par point
L’associé va reprendre votre CV ligne par ligne. Chaque chiffre, chaque logiciel, chaque mission peut donner lieu à une question.
Quelques règles de préparation :
- relisez votre CV la veille et préparez une phrase d’explication pour chaque ligne ;
- ne mentionnez que ce que vous pouvez expliquer : un logiciel utilisé une semaine ou une mission observée de loin vous mettra en difficulté ;
- ayez des exemples anonymisés : « un artisan du bâtiment en passage à l’impôt sur les sociétés », « une association employeuse avec une subvention à justifier » ;
- soyez cohérent sur les chiffres : si votre CV indique soixante dossiers, l’associé peut demander comment vous les répartissiez sur l’année.
Le CV qui facilite l’entretien est celui qui décrit un portefeuille plutôt que des tâches. L’exemple de CV de collaborateur comptable en cabinet montre cette présentation, et l’exemple de CV d’expert-comptable stagiaire celle d’un profil en stage DEC. Notre article sur le métier de collaborateur comptable donne le vocabulaire attendu.
Les erreurs qui coûtent l’offre
- Ne rien savoir du cabinet : sa taille, ses métiers (expertise seule, ou aussi audit, social, juridique), sa clientèle. Le site du cabinet et l’annuaire de l’Ordre suffisent à le préparer.
- Gonfler son autonomie : prétendre avoir fait seul des bilans qui étaient entièrement revus est vite détecté par un associé.
- Négliger le secret professionnel : citer le nom d’un client ou donner des détails identifiables sur un dossier est éliminatoire.
- Parler uniquement de salaire et de télétravail : ces sujets sont légitimes, mais en fin d’entretien, une fois l’intérêt mutuel établi.
- Montrer peu d’intérêt pour la relation client : en expertise comptable, c’est le cœur du métier.
- Hésiter sur les bases techniques : une question de TVA ou d’écriture d’inventaire mal maîtrisée pèse lourd pour un poste confirmé.
Un CV clair facilite tout l’entretien. Si le vôtre doit être repris avant le rendez-vous, l’éditeur de CV gère la mise en page à votre place et produit un PDF que les logiciels de tri des cabinets lisent sans perdre vos chiffres ni l’ordre de vos expériences.
Sources
- Onisep, fiche métier collaborateur de cabinet d’expertise comptable 🔗 et fiche métier expert-comptable 🔗.
- Ordre des experts-comptables, le cursus de l’expertise comptable 🔗.
Questions fréquentes
Combien d’entretiens faut-il passer dans un cabinet d’expertise comptable ?
Souvent un ou deux dans un cabinet indépendant, parfois trois dans un réseau. L’associé intervient presque toujours à un moment du processus.
Faut-il apporter son CV imprimé ?
C’est une bonne habitude, surtout dans un petit cabinet. L’associé l’a lu, mais un exemplaire propre à portée de main facilite l’échange.
Peut-on négocier le salaire dès le premier entretien ?
Mieux vaut attendre que l’associé aborde le sujet ou la fin de l’entretien. Préparez une fourchette réaliste, en tenant compte de la région, de la taille du cabinet et de votre portefeuille.
Comment se préparer en une soirée ?
Relire son CV ligne par ligne, préparer deux dossiers à raconter, réviser la TVA et les écritures d’inventaire, et lire le site du cabinet pour connaître ses métiers et sa clientèle.